Au delà d’une épreuve sportive, j’étais parti pour vivre une aventure, et je n’ai pas été déçu…

La Race Across Paris est une course de cyclisme ultra distance avec des règles claires : respect d’une trace GPS (balise permettant à l’orga de suivre en temps réel les concurrents), rouler en solitaire (pas le droit de prendre la roue de quelqu’un), semie-autonomie (pas de ravito organisé, hormis une base de vie) et sans assistance. Et une règle importante (pour les premiers) : 4h d'arrêt cumulées toutes les 36h.

Dès lors, à chacun d’organiser son voyage et de s’équiper en fonction. Hôtel, bivouac…

Les 1000 kms étaient découpés en 3 boucles à réaliser en 4j maximum : 500 kms au départ de chantilly vers la normandie, 200 kms de chantilly vers amiens, puis 300 kms de chantilly vers chateau thierry

Ce type d’épreuve est presque une première pour moi, m’étant aligné l’année dernière sur la Race Across France 500 km. J’avais toutefois échoué, ayant cassé

mon pédalier après 330 km (3 mois après, shimano faisait faire un contrôle de tous les pédaliers pour détecter ce problème). Je n’avais jamais fait plus de distance en une fois que cette fois-là.

 

 

 

Le départ est donné à 21h00. Nous sommes à peine 51 sur ce format… Une première nuit à passer en roulant. Elle s’annonce froide, et ce fût le cas… Forcément, la préparation de l’épreuve inclut une partie équipement du vélo. Éclairage, bagagerie, autonomie électrique… Pour ma part, j’étais parti assez chargé, comme bien souvent quand on part vers l’inconnu. Un peu avant 4h du matin, je tombe de sommeil sur le vélo et suis obligé de m'arrêter pour dormir. Le premier arrêt de bus fait figure de lieu idéal pour y dormir. J’installe matelas, duvet et bivy et m’autorise 1h de sommeil qui arrive instantanément. Même l’odeur de pisse et le froid ne sont pas un problème…

Le réveil m’annonce qu’il s’agit néanmoins d’une course et qu’il faut me remettre en route. Ca va mieux, mais il fait encore nuit et bien froid… Vent de face toujours (il restera ainsi sur les 300 premiers kms). Les premières lueurs du jour arrivent, cela coïncide pour moi avec l’arrivée sur la côte normande. Première boulangerie, premier réconfort d’un café chaud. Je passe toutefois pour un zombie…

Journée froide toujours. Mais les routes sont chouettes. Les kms défilent. J’y rencontre Jules, un concurrent, et faisons un peu de route ensemble. Vers 18h, à l’occasion d’un premier incident mecanique (pédale déboitée, une vis à resserer), je fait un point de situation. Je n’ai pas encore passé Rouen, et j’ai encore 200km à faire afin d'arriver sur la base de vie (synonyme de trouver un lit, une douche et un ravito). L’option hôtel émerge dans ma tête, comme si mon corps réclamait un peu de confort. Mais je me dis que je suis venu vivre une aventure et que la prochaine nuit sera encore une fois en mode bivouac. De toute façon, je ne me sens pas encore fatigué. Vers 23h, je commence à bailler plusieurs fois de suite. Je ne refais pas l’erreur d’attendre le dernier moment et commence à rechercher un lieu propice à y dormir. Un banc public fera l’affaire. Je m’y accorde royalement 2h de sommeil (duvet + bivy)… Fin de nuit en compagnie d’Edouard, un concurrent qui me rejoint et avec qui on discute un bon moment. L’organisation nous accorde en effet de pouvoir rouler avec quelqu’un (côte à côte) pendant 1h max…

Arrivée à la base de vie vers 7h du matin, ce sera douche, repas, et 2h de sieste dans ma voiture (plus tranquille que la salle commune de sieste) pour repartir “frais” vers midi.

Go pour 200 km vers Amiens. A savoir qu’à ce moment, le premier n’est pas loin de terminer sa course…

Il fait moins froid que la veille. Je ressens le besoin de refaire une sieste (1h) et préfère la faire au soleil plutôt que d’attendre la nuit. Je ne sors que le bivy. La boucle aurait pu se passer sans encombre quand la manivelle de mon pédalier se détache et reste accrochée sous la pédale. Catastrophe et bis repetita… Après analyse de la situation, j’ai une vis qui a cassé, mais qui ne remet pas en cause la poursuite de l’aventure. Je resserre la manivelle et verrais cela en rentrant. Mais j’ai eu peur… Arrivée à la base de vie vers minuit. Je pars direct dormir 2h dans ma voiture.

La dernière boucle de 300 traverse Paris, et je ne veux pas subir trop les embouteillages. Je repars vers 4h pour me retrouver dans la jungle urbaine au petit matin. Un peu de circulation, mais c’est gérable. Je fais cette fois route avec un autre concurrent, Alexis. Arrivée à la tour Eiffel vers 7h au lever du soleil. Un grand kiff. La sortie de Paris vers l’est nous fait prendre les quais, peu encombrés à cette heure. Un régal. Une chance, car d’autres concurrents ont vécu cette traversée de Paris en pleine journée comme un enfer. La suite se déroule, un coup de pédale après l’autre. Un arrêt boulangerie me sera fatal. J’y mangerais un peu trop de choses sucrées. 1h plus tard, je n’avance plus, j’ai le moral en berne, je pleure même tout seul sur mon vélo. Je suis obligé de faire une sieste avant de repartir. Ça va un peu mieux. Une amie m'appelle peu après et m’explique que j’ai sans doute fait un pic d’hyperglycémie. Hélène (merci à toi) m’appelera ensuite toutes les heures jusqu’à la fin pour vérifier que tout va bien et me coacher sur ma nutrition jusqu’à la fin (il me reste 150 bornes). Tout se passe maintenant normalement. La fin se dessine et ne peut m’échapper.

L’arrivée à Chantilly vers 22h00 est un accomplissement, non une délivrance. Je suis fatigué, mais pas détruit comme on pourrait s’y attendre après tant de temps à pédaler. A part un début de tendinite au tendon d’achille (manque d’hydratation ?) et des jambes un peu dures, je marche normalement. C’est le cas de tous les finishers d’ailleurs. Rien à voir avec une arrivée de trail, où tout le monde marche comme un canard..

Une belle aventure qui se termine. J’y ai trouvé ce que j’étais venu chercher : aller au bout dans l'inconfort, avec des petits problèmes physiques et mécaniques à gérer. Vivre par moi même tant d’histoires écoutées sur des podcasts. “Le plus important est de vivre ses rêves, ne te contente pas de rêver ta vie” (ce n’est pas de moi)
Mille bornes me paraissaient être le bout du monde. Une limite impossible à atteindre. Trop long. Trop dur. Mais tous les coureurs le savent bien. Le cerveau se conditionne en début d’épreuve pour la distance à parcourir, quelle que soit la distance. Et c’est aussi valable pour cette distance.
Et une fois encore, je me rends compte de l’importance de tous les messages d’encouragement que j’ai pu recevoir pendant l’épreuve. Ils ont été précieux pour moi. Merci à vous. C'est en les lisant que je prend conscience de ce que j'ai fait...

Voilà, je suis devenu un cycliste ultra ordinaire, comme le précise le sous-titre de cette course. Mais l’aventure ne se termine pas là, et la suite se dessine à plusieurs : une Race Across Belgique 500 km en quatuor avec Céline, Philippe et Remi dans 15j. Le principe étant de prendre le départ et d’arriver ensemble, en ayant une gestion commune du rythme, de la fatigue, des besoins et des difficultés de chacun. Une aventure sans doute bien différente, mais tout aussi excitante…